Le Japon était disposé à faire la paix…

HIROSHIMASoixante-dix   ans après la fin de la seconde guerre mondiale , on le sait, c’est officiel, les gouvernements des pays intéressés l’ont admis : l’utilisation de l’arme nucléaire n’était en rien indispensable à l’obtention de  la capitulation du Japon. Les alliés exigeaient une reddition sans condition, le président américain était prêt pour cela à sacrifier la vie de plus de 200 000 civils.

Une des pages les plus terrible de l’histoire de la guerre :

6 août 1945 à 8h15 : la soute à bombes s’ouvre, “Little Boy”, l’arme secrète, un curieux objet de forme oblongue et  grossière, suspendue à un parachute, lentement, plane. De nombreux habitants de la ville, malgré l’alerte donnée par les autorités, observent le bombardier, d’apparence inoffensive, ainsi que le parachute blanc qui se détache dans l’azur du ciel au soleil levant. 43 secondes plus tard, à une altitude de 579 mètres, “Little Boy” explose:

Un éclair  dans le ciel, puis, une terrible déflagration suivie d’un immense panache de fumée  formant  le fameux ” champignon atomique”. L’enfer lâché sur Hiroshima anéanti 70000 vies d’un seul coup; les victimes sont, déchiquetées, brûlées ou ” implosées” sous l’effet du blast. Conséquence de l’immense chaleur dégagée par la bombe,  une partie de la ville  à littéralement fondue en une masse informe.

Des années plus tard des rescapés témoignent : “Les gens avaient la peau entièrement carbonisée, noire. Ils n’avaient plus de cheveux, leur état était tel que l’on ne parvenait pas au premier coup d’oeil à distinguer s’ils étaient de dos ou de face…Nombre d’entre eux gisaient mourant sur le sol. Des années après j’ai encore cette image devant les yeux… Leur apparence n’avait plus rien d’humain. Ils se déplaçaient d’une manière particulière, très lentement. Moi-même j’étais l’un d’entre eux.”

Rien qu’à Hiroshima le nombre de victimes est passé de 140000 à la fin de l’année 1945 à 200 000 en 1950.

Etait-il vraiment indispensable d’éliminer en l’espace d’un instant, avec une arme inconnue jusqu’alors  plus de 200 000 vies humaines ? Cela fait maintenant 70 ans que l’instrument de destruction le plus efficace jamais conçu par l’homme a été testé sur les populations civiles d’Hiroshima et de Nagasaki. Trois jours après la première bombe, les américains larguèrent  la seconde sur Nagasaki. Les experts estiment, qu’au total, si l’on inclus les victimes indirectes (radiations, effets secondaires…), le nombre de tués dépasse certainement les 500 000 !

L’homme  qui a ordonné la mort de ces 200 000 personnes, pour la plupart des civils, s’appelait Henry S. Truman, président des Etats-unis d’Amérique. Un des arguments avancés,  est que l’utilisation de la bombe a permis de mettre un terme à la guerre plus rapidement et de préserver  ainsi la vie de nombreux soldats américains. L’utilisation de l’arme nucléaire a surtout été une démonstration de force à l’adresse des soviétiques qui ne la possédaient pas encore…

Plusieurs documents attestent que le Japon était prêt à faire la paix :

Des documents découverts au début des années 2000 dans la bibliothèque universitaire de Bâle et connus sous le nom “Des Carnets de Per Jacobson”,  attestent qu’il y’ a bien eu des tractations entre l’Empire du Soleil  Levant et les Etat-unis en vue d’un accord de paix. Allan Dulles du côté américain, et du côté japonais Kitamura ainsi que Yoshimura, se sont rencontrés en vue de pourparlers pour des accords de paix à 2 reprises à Bâle et Wiesbaden.

C’est l’historien japonais Yukio Sugama, qui , avec l’accord posthume de Masaki Miyake , a le premier, révélé l’existence des “Carnet Jacobson” à la fin de l’année 2004. D’après ces documents, dés avril 1945 le nouveau 1er ministre, l’amiral Suzuki Kantaro ainsi que les ministre des affaires étrangères Togo et de la Marine Yonai  recherchaient une solution de paix, alors que leurs trois homologues américains  prônaient une politique jusqueboutiste.

Précédemment, on avait chargé l’ancien premier ministre Hirota de prendre contact avec le gouvernement soviétique en vue d’initier des pourparlers de paix. Molotov, refusant de recevoir Sato, cette initiative  échoua. Les américains, ayant intercepté  le câble du ministre des affaires étrangères Togo, envoyé de Tokyo à son homologue russe, étaient au courant de ces tractations. Face à cette délicate situation,  on dut  faire appel à un “intermédiaire”:  un banquier de haut vol, le suédois Per Jacobsson . On  loua les services de Jacobson, non pas tant pour ses compétences diplomatiques,  que parce qu’il était rompu , de par sa profession, à l’art de la dissimulation et du secret (les russe ne devaient rien savoir!). On le fit passer pour un ecclésiastique en lui établissant un vrai/faux passeport : Per Jacobson devint ainsi “le Père Jacobsson”!

Les pourparlers échouèrent  sur les termes “reddition sans conditions”:

Le 4 juillet les japonais rencontrèrent Jacobsson, le lendemain, ce fut au tour des américains. L’offre de paix proposée par les japonais fut refusée, en effet, comme l’avaient exigé les alliés à la Conférence de Casablanca en 1943, la capitulation devait être “sans condition”; or, les japonais avaient posé un seule condition à leur capitulation : qu’aucun mal ne fut fait à l’Empereur. Le 14 juillet, Jacobsson eu une entrevue avec  Alan Dulles à Wiesbaden. Les américains campant sur leur position refusèrent la proposition japonaise. Pour un malheureux terme manquant , par formalisme peut-être, par un sournois et opportuniste calcul plus probablement, le sort de centaines de milliers d’êtres humains ce jour là bascula…

Outre le sacrifice inutile de centaines de milliers de civils, la bombe, et plus spécialement, celle qui fut larguée sur Nagasaki, a eu un autre effet, peut-être encore plus désastreux sur le très long terme : en effet, c’était à Nagasaki et dans sa région, qu’étaient concentrés  les neuf dixièmes de la communauté chrétienne japonaise. Ceux qui ont décidé de cette opération, ne pouvaient ignorer ce fait…

Charles Meret Zolver